Séjour au centre de détention à Laval

C’était un soir d’hiver, vers 23h30 alors que je partais chez un ami où j’allais dormir, une connaissance m’aperçut sur son chemin et m’embarquât dans son véhicule pour me déposer. Nous étions trois passagers en tout. Deux des personnes à bord du véhicule étaient « de couleurs », soit le conducteur et moi même, tous deux assis à l’avant. En cours de chemin, nous fûmes arrêté par la police pour finalement aucune raison particulière. Deux agents du SPVM se dirigèrent vers nous ; l’un s’adressa au chauffeur, soit disant pour des vérifications de papiers du véhicule et l’autre policier demanda de vérifier nos pièces d’identité. J’ai tout de suite eu un mauvais pressentiment de ce qui allait se passer par la suite. J’ai présenté du coup ma pièce d’identité sans manifester aucun signe de refus.

Malheureusement, après toute vérification je fus le seul à être arrêté et pour motif, qu’à l’immigration on avait besoin de me parler. Mon téléphone fut confisqué et éteint puis on me conduisit au poste de police.
Vers 1h du matin, je suis arrivé au poste de police où je devais rencontrer l’agente d’immigration en charge de mon dossier, celle-ci étant déjà avisée de mon arrestation. En attendant son arrivée, je suis mis dans une cellule. Vers 2h du matin, l’agente se présenta, toute froide, rien que pour prendre mes informations personnelles et enfin cette dernière m’informa à propos de notre prochaine rencontre prévue le lendemain matin à 8h pour discuter des procédures relatives à mon renvoi du pays. Elle ne fut montre d’aucune empathie pendant notre brève rencontre de 15 minutes et repartit ainsi en me laissant savoir qu’on viendra me récupérer au poste pour m’emmener quelque part où je pourrai dormir jusqu’au lendemain.

Je dois rappeler que j’ai été jusqu’ alors sept longues et très difficiles années sans statut. Cet incident est arrivé lorsque j’étais en plein dans le processus de sortir de cette vie de galère, de peur etc.… en fin de compte, de plus en plus insupportable et enfin régulariser ma situation.

À 3h du matin, deux agents de sécurité, un homme et une femme débarquèrent. Je fus presque déshabillé, fouillé dans le poste, mes chaussures délacées, puis confisqué de ma ceinture de pantalon sans laquelle ce dernier ne tenait point autour de ma taille. Enfin, ils ont fini par me menotter des pieds et des mains avant d’être remis dans un fourgon destiné au transport de prisonniers et puis en route vers le centre de détention. J’étais vraiment bouleversé car je venais de vivre tout cela pour la première fois.

En arrivant sur les lieux, je comprends vite que pour la première fois de ma vie, je passerai ma nuit en détention dans un lieu que je considère comme une prison de haute sécurité ou visiblement tout ceux qui s’y trouvent, y restent jusqu’ à leur expulsion du pays. Le centre ressemblait à une prison entourée de barbelés. Mon téléphone confisqué par la police fut remis aux agents, ce qui ne me permettait d’avoir ni de contacts ni de ressources à ce moment pour joindre un proche, ne serait-ce que pour tenir au courant de ma situation jusqu’ au lendemain où on m’a remis mon cellulaire pour prendre quelques numéros en note.

Je vivais très mal cet enfermement, je craignais de perdre la tête, de perdre le contrôle que j’essayais depuis des années de garder malgré la situation difficile que je vivais pendant toutes ses années.je n’arrêtais pas de penser … Je faisais de l’insomnie pendant la nuit, et à 5h 30 on était tous obligés de se lever sous les cris insolents des agents de sécurité afin de libérer les chambres. Cela me donnait des maux de tête incessants au point que je n’en pouvais plus et que j’ai finalement dû aller voir l’infirmière deux fois pour ça. Toutefois, cela ne servit pas à grand chose car elle m ‘a simplement proposé des médicaments pour dormir à la première visite comme à la deuxième. Cependant, lors de la deuxième rencontre avec l’infirmière, celle-ci me proposa de me donner une chambre individuelle craignant que je sois un danger public. J’avais plus besoin de soutien à ce moment et il m’a fallu attendre jusqu’ au lendemain de mon arrestation pour qu’ils me permettent de prendre quelques numéros sur mon téléphone et enfin joindre mon amie chez qui tous mes papiers sont gardés, qui m’aidait des fois et qui venait souvent me rendre visite tout en m’invitant à garder espoir de faire reconnaitre les grandes difficultés d’un retour au pays.

Dans ces situations on ne peut faire grand chose pour s’en sortir, tout arrive au dépourvu. Depuis le jour de mon arrivée, ainsi que les trois semaines suivantes, tous les trois ou quatre jours à ma grande surprise on m’informait dès mon réveil que le même jour je devrais me rendre au bureau de l’immigration pour 8h ou 11h afin de me donner ma date de mon rendez-vous devant le juge dans le but de fixer ma date de déportation, ou encore, pour discuter quant aux préparatifs et aux conditions liés à mon départ. Ces conditions étaient telles que d’être escorté par deux agents durant tout le voyage. Il n’était plus question de m’accorder du temps supplémentaire pour la recherche d’un avocat qui serait en mesure de prendre mon dossier en charge. Il me fallait attendre l’heure de la visite de mon amie pour me faire parvenir mes documents personnels. Les visites étaient limitées, les transports déficients pour ceux qui venaient rendre visite, Nous étions constamment observés par les gardiens de sécurité aussi bien en tout temps après que pendant les visites. Les fouilles étaient obligatoires pour les visiteurs et pour nous même les détenus : avant et après les visites, en allant au rendez vous au bureau de l’immigration, à l’arrivée aux lieux, en les quittant mais aussi au retour au centre détention.

Les documents et toutes choses rapportées par les visiteurs sont remis et vérifiés par l’agent de garde avant de remette ça plus tard après la visite. Dans mon cas déjà, c’était vraiment difficile pour rentrer en contact avec mon amie, lui expliquer la situation, la position géographique du centre et me faire parvenir mes documents et un représentant pour prendre mon dossier en main. Après il était difficile de trouver un avocat dans les courts délais de le voir et pouvoir lui remettre mes dossiers à mon niveau. Des membres d’action refugies viennent deux fois par semaine entre 14h et 16h pour s’occuper des besoins basiques de détenus pendant leur petit séjour. Ils sont en quelque sorte le seul espoir a ce moment pour venir en aide aux détenus en ce qui concerne leurs besoins basiques. Par ailleurs, je me rappelle avoir rempli un formulaire pour me faire scanner un document le jour de ma déportation et à la dernière minute avant de quitter le centre on me le refuse pour la simple raison qu’il aurait fallu que je le fasse scanner plus tôt et pourtant je venais juste d’ avoir le numéro de fax et parler à la personne qui était susceptible de pouvoir m’aider à ce moment mais finalement ca était refusé…Bref ce fut un des périples des moins agréables que j’ai vécues depuis quelques années….

D.D.

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